Pourquoi ce document?
En tant qu'éditeur du Jargon
File, je reçois souvent des emails d'internautes débutants
qui me demandent "comment puis-je apprendre à devenir
un hacker?''. Bizarrement, il ne semble pas y avoir de FAQs
ou de documents sur le Web qui répondent à cette question
vitale. Voici donc ma réponse.
Qu'est-ce qu'un hacker?
Le Jargon
File [traduit en français par Frédéric
de SOLLIERS et Christian ROZEBOOM sous le titre Cyberlexis,
Editions Masson, NDT] contient un certain nombre de définitions
du terme "hacker'', qui sont toutes liées à l'aptitude
technique et au plaisir pris à résoudre des problèmes et à
dépasser des limites arbitraires. Cependant, si vous voulez
savoir comment devenir un hacker, seules deux de ces définitions
sont pertinentes.
Il existe une communauté, une culture partagée, de programmeurs
expérimentés et de spécialistes des réseaux, dont l'histoire
remonte aux premiers mini-ordinateurs multi-utilisateurs,
il y a quelques dizaines d'années, et aux premières expériences
de l'ARPAnet [le réseau connu aujourd'hui sous le nom d'Internet,
NDT]. Les membres de cette culture ont créé le mot "hacker''.
Ce sont des hackers qui ont créé l'Internet. Ce sont des hackers
qui ont fait du système d'exploitation Unix ce qu'il est de
nos jours. Ce sont des hackers qui font tourner les newsgroups
[forums de discussion, NDT], Usenet et le World Wide Web.
Si vous faites partie de cette culture, si vous y avez contribué
et si d'autres personnes qui en font partie savent qui vous
êtes et vous considèrent comme un hacker, alors vous êtes
un hacker.
L'état d'esprit d'un hacker ne se réduit pas à cette culture
des hackers du logiciel. Il y a des gens qui appliquent l'attitude
du hacker à d'autres domaines, comme l'électronique ou la
musique. En fait, on trouve cet esprit à l'état le plus avancé
dans n'importe quel domaine de la science ou des arts. Les
hackers du logiciel reconnaissent cette similitude d'esprit,
et certains affirment que la nature même du hacker est indépendante
du domaine particulier auquel le hacker se consacre réellement.
Mais dans la suite de ce document, nous nous concentrerons
sur les aptitudes et les attitudes des hackers du logiciel,
et sur les traditions de la culture partagée qui a créé le
terme "hacker''.
NB: il y a un autre groupe de personnes qui s'autoproclament
des "hackers'', mais qui n'en sont pas. Ces gens (principalement
des adolescents de sexe masculin) prennent leur pied en s'introduisant
à distance dans les systèmes informatiques et en piratant
les systèmes téléphoniques. Les vrais hackers appellent ces
gens des "crackers'' et ne veulent rien avoir à faire
avec eux. Les vrais hackers pensent que les crackers sont
des gens paresseux, irresponsables et pas très brillants.
Malheureusement, de nombreux journalistes se sont laissés
abuser et utilisent le mot "hacker'' quand ils devraient
utiliser le mot "cracker''. Cela ne lasse pas d'irriter
les vrais hackers.
La différence fondamentale est la suivante: les hackers construisent
des choses, les crackers les cassent.
Si vous voulez devenir un hacker, alors continuez cette lecture.
Si vous voulez devenir un cracker, allez lire le newsgroup
alt.2600, c'est
tout ce que j'ai à en dire.
L'attitude des hackers
Les hackers résolvent des problèmes, construisent des choses
et croient à la liberté et à l'entraide volontaire. Pour être
accepté comme un hacker, vous devez vous comporter comme si
vous aviez ce type d'attitude vous-même. Et pour vous comporter
comme si vous aviez ce type d'attitude, vous devez vraiment
y croire.
Mais si vous pensez qu'adopter l'attitude d'un hacker n'est
qu'un moyen pour être accepté dans la culture des hackers,
alors vous avez raté le point essentiel: il faut croire à
ces principes pour en tirer la motivation personnelle pour
continuer à apprendre. Comme pour tous les arts créatifs,
la façon la plus efficace de devenir un maître est d'imiter
l'état d'esprit des maîtres - non seulement intellectuellement
- mais aussi émotionnellement.
Donc, pour devenir un hacker, répétez les phrases suivantes
jusqu'à y croire réellement :
1. Le monde est plein de problèmes fascinants qui n'attendent
que d'être résolus
C'est très amusant d'être un hacker, mais c'est un amusement
qui demande beaucoup d'efforts, et l'effort demande de la
motivation. Les champions sportifs tirent leur motivation
d'un plaisir physique à accomplir des performances avec leur
corps, à dépasser leurs propres limites physiques. De façon
similaire, pour être un hacker, il faut ressentir une certaine
excitation à résoudre des problèmes, à affûter ses compétences
et à exercer son intelligence.
Si pour vous cette façon de penser n'est pas naturelle, il
faut qu'elle le devienne si vous voulez devenir un hacker.
Autrement, vous allez découvrir que votre énergie va se disperser
dans des distractions comme le sexe, l'argent ou la reconnaissance
sociale.
(Vous devez également développer une certaine foi en votre
propre capacité d'apprentissage : même si vous ne savez pas
tout ce qu'il faut pour résoudre un problème, si vous en traitez
seulement une partie et que vous en apprenez quelque chose,
alors vous allez réussir à traiter la partie suivante, et
ainsi de suite jusqu'à ce que le problème soit résolu.)
2. Personne ne devrait jamais avoir à résoudre le même
problème deux fois.
Les cerveaux créatifs sont une ressource précieuse et limitée.
Il ne faut pas la gâcher en réinventant la roue quand il y
a tant de problèmes fascinants qui attendent.
Pour vous comporter comme un hacker, vous devez vous convaincre
que le temps de pensée des autres hackers est précieux, à
tel point que c'est pour vous une obligation morale de partager
vos informations, de résoudre des problèmes et d'en donner
les solutions pour que les autres hackers puissent résoudre
de nouveaux problèmes au lieu de perpétuellement revenir sur
les mêmes.
(Il n'est pas nécessaire de vous croire obligé de donner
toute votre production créative, bien que les hackers les
plus respectés soient ceux qui le font. Il est tout à fait
compatible avec les valeurs des hackers d'en vendre une partie
suffisante pour payer sa nourriture, son loyer et ses ordinateurs,
d'entretenir une famille et même de devenir riche, à condition
de ne jamais oublier que vous êtes un hacker pendant tout
ce temps.)
3. La routine et l'ennui sont inacceptables.
Les hackers (et les gens créatifs en général) ne devraient
jamais se consacrer à des tâches ennuyeuses ou répétitives,
parce que cela signifie qu'ils ne font pas ce qu'eux seuls
savent faire : résoudre de nouveaux problèmes.
Pour se comporter comme un hacker, vous devez vous en convaincre
suffisamment pour automatiser les parties ennuyeuses de votre
travail, non seulement pour vous-même, mais aussi pour tous
les autres (et particulièrement les autres hackers).
(Il y a une exception apparente à cette règle : un hacker
va parfois faire des choses qui semblent répétitives ou ennuyeuses
à un observateur pour se vider l'esprit, pour acquérir une
nouvelle compétence, ou pour faire une expérience particulière.
Mais c'est toujours par choix : une personne capable de penser
ne devrait jamais être forcée à faire un travail ennuyeux.)
4. Vive la liberté!
Les hackers sont naturellement anti-autoritaristes. Si une
personne peut vous donner des ordres, elle peut vous empêcher
de résoudre le problème particulier, quel qu'il soit, par
lequel vous êtes fasciné à un instant donné. Et, vu la façon
dont les esprits autoritaristes fonctionnent, elle trouvera
en général une raison particulièrement stupide de le faire.
Par conséquent, les attitudes autoritaristes doivent être
combattues partout où elles se trouvent.
(Ce n'est pas la même chose que de combattre toute forme
d'autorité. Les enfants ont besoin d'être guidés, et les criminels
d'être arrêtés. Un hacker peut accepter de se soumettre à
une certaine forme d'autorité pour obtenir quelque chose qu'il
désire plus que le temps perdu à suivre les ordres. Mais c'est
un marchandage limité, conscient. Une soumission totale à
une autorité donnée est hors de question.)
Les autoritaristes se nourrissent de censure et de secrets.
Et ils se méfient de l'entraide mutuelle et du partage d'informations.
Ils n'apprécient la "coopération" que quand ils
peuvent la contrôler. Donc, pour vous comporter comme un hacker,
vous devez développer une hostilité instinctive vis-à-vis
de la censure, du secret et de l'usage de la force ou de la
ruse pour dominer des adultes responsables. Et vous devez
vous tenir prêt à agir conformément à cette conviction.
5. L'attitude n'est pas un substitut à la compétence.
Pour être un hacker, vous devez développer un certain nombre
de ces attitudes. Mais cela seul ne suffira pas à faire de
vous un hacker, pas plus qu'un champion sportif ou une rock
star. Pour devenir un hacker, il faut de l'intelligence, de
l'expérience, de la persévérance et beaucoup de travail.
Par conséquent, vous devez apprendre à vous méfier des attitudes
et à respecter les compétences, quelles qu'elles soient. Les
hackers ne se laissent pas impressionner par les poseurs,
mais ils apprécient les compétences, particulièrement les
compétences de hackers, mais aussi toutes les autres. Les
compétences dans les domaines exigeants maîtrisées par une
élite sont particulièrement appréciées, et plus particulièrement
celles qui nécessitent un esprit perçant et une grande concentration.
Si vous respectez la compétence, alors vous aimerez travailler
à vous améliorer sans cesse, et cela sera plus un plaisir
qu'une routine. C'est vital pour devenir un hacker.
Les compétences de base du hacker
Il est vital d'avoir une attitude de hacker, mais encore
plus vital d'en avoir les compétences. L'attitude n'est pas
un substitut pour la compétence, et il convient de développer
un ensemble minimal de compétences avant que l'idée n'effleure
un autre hacker de vous accepter comme son pair.
Cet ensemble change lentement au cours du temps, au fur et
à mesure que l'évolution technologique crée de nouvelles compétences
et en rend d'autres obsolètes. Par exemple, à une certaine
époque il convenait de savoir programmer en assembleur et
il n'était pas question, jusqu'à une date récente, de HTML.
En tout état de cause, il est clair que cela inclut, fin
1996 :
1. Apprendre à programmer.
C'est, évidemment, la compétence fondamentale du hacker.
En 1997, le langage à connaître absolument est le C (mais
ce n'est probablement pas celui qu'il faut apprendre en premier).
Mais vous n'êtes pas un hacker (ni même juste un programmeur)
si vous ne connaissez qu'un seul langage. Il faut apprendre
à penser à la programmation en termes généraux, indépendamment
d'un langage particulier. Pour être un vrai hacker, il faut
être arrivé au point où vous pouvez apprendre un nouveau langage
en quelques jours, en faisant le rapport entre ce qui est
écrit dans le manuel et vos propres connaissances. Cela signifie
que vous devez apprendre plusieurs langages très différents.
A part le C, vous devez également apprendre LISP [ou Scheme,
NDT] et Perl
[ou Python,
NDT], et Java
aura bientôt sa place également dans la liste. En plus d'être
les langages les plus pratiqués par les hackers, ils représentent
chacun une approche très différente de la programmation, et
contribueront de façon très sensible à votre éducation.
Je ne peux pas vous donner un cours complet sur "comment
apprendre à programmer'', c'est quelque chose de très complexe.
Mais je peux vous dire que les livres et les cours ne suffisent
pas (la plupart des meilleurs hackers sont autodidactes).
Ce qu'il faut, c'est (a) lire du code et (b) écrire du code.
Apprendre à programmer, c'est comme apprendre à écrire correctement
dans un langage humain. La meilleure façon d'y arriver, c'est
de lire des trucs écrits par des maîtres, d'en écrire un peu,
d'en lire beaucoup plus, d'en écrire un peu plus, etc. jusqu'à
ce que vous arriviez à écrire avec la même force et la même
économie de moyens que vos modèles.
Trouver du bon code à lire a longtemps été difficile, parce
qu'il y avait très peu de gros programmes disponibles sous
forme de sources pour que les apprentis hackers puissent les
lire et les étudier. Heureusement, cette situation a évolué,
et maintenant des logiciels libres, des outils de programmation
libres et des systèmes d'exploitation libres (tous disponibles
sous forme de sources, tous écris par des hackers) sont maintenant
très faciles à trouver. Cela nous amène directement
à notre sujet suivant...
2. Installer un Unix libre et apprendre à s'en servir.
Je vais supposer que vous possédez, ou que vous avez accès
à un ordinateur personnel. Pour un débutant qui aspire à acquérir
des compétences de hacker, l'action la plus importante à entreprendre
est d'obtenir une copie de Linux ou d'un des clones de BSD,
de l'installer sur une machine personnelle, et de le faire
tourner.
Bien sûr, il y a d'autres systèmes d'exploitation dans le
monde à part Unix. Le problème, c'est qu'ils sont distribués
sous forme de binaires. Vous ne pouvez pas lire le code, et
encore moins le modifier. Apprendre à hacker sur une machine
DOS ou Windows, ou sous MacOS, c'est comme d'apprendre à danser
en étant plâtré des pieds à la tête.
En plus, Unix est le système d'exploitation de l'Internet.
On peut apprendre à utiliser l'Internet sans connaître Unix,
mais on ne peut pas être un hacker de l'Internet sans le comprendre.
C'est pour cette raison que la culture des hackers est à l'heure
actuelles fortement Unix-centrique. (Ce n'a pas été toujours
le cas, et quelques hackers âgés regrettent cet état de fait,
mais la symbiose entre Unix et l'Internet est devenue suffisamment
forte pour que même Microsoft semble s'y casser les dents.)
Donc, installez un Unix (j'aime bien personnellement Linux
mais d'autres choix sont possibles). Apprenez-le. Faites-le
tourner. Parlez à l'Internet avec. Lisez le code. Modifiez
le code. Vous trouverez de meilleurs outils de programmation
(y compris C, Lisp, Perl) que sous n'importe quel système
d'exploitation de Microsoft, vous vous amuserez, et vous en
tirerez plus de connaissances que ce que vous avez l'impression
d'apprendre, jusqu'à ce que vous deveniez un vrai maître hacker.
Pour en savoir plus sur comment apprendre Unix, voir The
Loginataka.
Pour obtenir Linux, voir Where
To Get Linux [En français, allez voir sur Freenix,
ou Loria,
NDT].
3. Apprendre à utiliser le World Wide Web et à écrire
en HTML.
La plupart des choses créées par la culture des hackers travaillent
dans l'ombre, en aidant à faire tourner des usines, des bureaux
et des universités, sans impact direct sur les vies des non-hackers.
Il y a une grosse exception, le Web, ce jouet de hacker énorme
et lumineux dont même les politiciens admettent qu'il est
en train de changer la face du monde. Rien que pour cette
raison (et pour de bonnes raisons par ailleurs), vous devez
apprendre à travailler avec le Web.
Cela ne signifie pas seulement apprendre à utiliser un browser
[navigateur, butineur, NDT], mais aussi apprendre à écrire
en HTML, le langage de balisage du Web. Si vous ne savez pas
programmer, le fait d'écrire en HTML vous apprendra quelques
habitudes mentales qui vous aideront à démarrer. Donc, faites-vous
une home page [page personnelle, NDT].
Mais ce n'est pas seulement d'avoir une home page qui fera
de vous un hacker. Le Web est plein de home pages. La plupart
sont d'un intérêt absolument nul, parfois jolies à regarder
mais nulles quand même (pour plus d'information voir The
HTML Hell Page).
Pour être utile, votre page doit avoir du contenu. Elle doit
être intéressante et/ou utile pour les autres hackers. Cela
nous conduit à notre sujet suivant...
Les statuts dans la culture des
hackers
Comme pour la plupart des cultures sans économie monétaire,
le fondement de la culture des hackers est la réputation.
Vous essayez de résoudre des problèmes intéressants, mais
seuls vos pairs ou vos supérieurs dans la hiérarchie technique
sont à même de juger si ces problèmes sont intéressants, et
si ces solutions sont vraiment correctes.
Par conséquent, si vous jouez le jeu du hacker, vous apprenez
le score principalement à partir de ce que les autres hackers
pensent de vos capacités, et c'est pour ça que l'on n'est
vraiment un hacker que lorsque les autres hackers vous considèrent
comme tel. Ce fait est obscurci par l'image du hacker comme
un travailleur solitaire, aussi bien que par un tabou de la
culture des hackers (qui s'estompe progressivement mais qui
reste présent) : le fait d'admettre qu'une partie de sa motivation
vient de son ego ou de la recherche d'une acceptation externe.
De façon spécifique, le monde des hackers constitue ce que
les anthropologues appellent une culture du don. On obtient
un statut ou une réputation non pas en dominant les autres,
en étant beau ou en possédant des choses que les autres désirent,
mais en faisant des dons : de son temps, de sa créativité,
du résultat de ses compétences.
Il y a principalement cinq types de choses à faire pour être
respecté par les hackers :
1. Ecrire des logiciels libres.
La première, la plus centrale et la plus traditionnelle,
est d'écrire des programmes dont les autres hackers pensent
qu'ils sont amusants ou utiles, est de faire don du code source
pour que toute la communauté des hackers puisse les utiliser.
Les "demi-dieux" les plus respectés dans l'univers
des hackers sont ceux qui ont écrit des programmes importants,
utiles et correspondant à un besoin répandu, et qui en ont
fait don à la communauté, de sorte que maintenant tout le
monde s'en sert.
2. Aider à tester et à débugger des logiciels libres.
Il est également utile d'aider à débugger et à perfectionner
les logiciels libres. Dans ce monde imparfait, nous passons
inévitablement la part la plus importante du temps de développement
d'un logiciel dans la phase de débuggage. C'est pour cela
que les auteurs de logiciels libres savent que des bons béta-testeurs
(ceux qui savent décrire les symptômes clairement, localiser
précisément les problèmes, qui peuvent tolérer quelques bugs
dans une distribution rapide et qui sont prêt à appliquer
une procédure de diagnostic simple) valent leur pesant d'or.
Un seul d'entre eux peut faire la différence entre une séance
de débuggage cauchemardesque et une simple nuisance salutaire.
Si vous êtes un débutant, essayez de trouver un programme
en cours de développement qui vous intéresse et de devenir
un bon béta-testeur. C'est une progression naturelle que de
commencer par aider à tester des programmes, puis d'aider
à les débugger, puis d'aider à les modifier. Vous apprendrez
beaucoup de cette façon, et vous vous ferez un bon karma par
rapport à des gens qui vous aideront plus tard.
3. Publier des informations utiles.
Une autre bonne chose est de réunir et de filtrer des informations
utiles et intéressantes sous forme de pages Web ou de documents
comme les FAQs (listes de Frequently Asked Questions, [en
français, Foires Aux Questions, NDT]) et de les rendre accessibles
à tous.
Les personnes qui maintiennent les FAQs techniques les plus
importantes sont presque autant respectées que les auteurs
de logiciels libres.
4. Aider à faire tourner l'infrastructure.
La culture des hackers (et le développement technique de
l'Internet) marche grâce à des volontaires. Il y a beaucoup
de travail peu excitant, mais nécessaire, qui doit
être fait pour que ça continue à tourner : administrer les
mailing lists [listes de diffusion, NDT], modérer les newsgroups,
gérer les sites d'archives de logiciels, écrire les RFC [Requests
For Comments, les "normes'' de l'Internet] et autres
standards techniques.
Les gens qui font ce genre de choses sont très respectés,
parce que tout le monde sait que c'est un boulot qui demande
énormément de temps et qui n'est pas aussi drôle que de jouer
avec du code.
5. Servir la culture des hackers elle-même.
Pour finir, vous pouvez servir et propager la culture elle-même
(par exemple, en écrivant une introduction précise [ou une
traduction d'icelle, NDT] sur comment devenir un hacker :-)).
ce n'est pas quelque chose qu'il vous sera possible de faire
avant d'avoir été dans le bain pendant un certain temps et
d'être devenu bien connu pour l'une des quatre premières choses.
La culture des hackers n'a pas de chefs, au sens précis du
terme, mais elle a des héros, des historiens et des porte-parole.
Quand vous aurez été dans les tranchées pendant assez longtemps,
vous pourrez peut-être devenir l'un de ceux-ci. Mais attention
: les hackers se méfient des egos surdimensionnés chez les
anciens de leur tribu. Il faut donc éviter de montrer ouvertement
que l'on recherche à obtenir ce genre de célébrité. Il vaut
mieux faire en sorte qu'elle vous tombe toute cuite dans votre
assiette, et toujours rester modeste à sujet de votre statut.
Le rapport entre les hackers et
les nerds
Contrairement à un mythe populaire, on n'a pas besoin d'être
un nerd [polard, NDT] pour être un hacker. Cela aide, cependant,
et de nombreux hackers sont en fait des nerds. D'être un proscrit
social vous aide à vous concentrer sur les choses importantes,
comme penser et hacker.
C'est pour cette raison que de nombreux hackers ont adopté
l'étiquette "nerd" et utilisent même le terme plus
cru de "geek" comme un insigne honorifique; c'est
une façon de déclarer leur indépendance vis-à-vis des attentes
normales de la vie sociale. Voir The
Geek Page pour une discussion exhaustive.
Si vous arrivez à vous concentrer suffisamment sur le hack
pour y exceller et vivre votre vie par ailleurs, tant mieux.
C'est beaucoup plus facile à présent que lorsque j'étais un
débutant. La culture dominante est beaucoup plus tolérante
de nos jours vis-à-vis des techno-nerds. Il y a même un nombre
croissant de gens pour penser que les hackers forment un matériel
de premiers choix en tant que petit(e) ami(e)/mari/femme (consultez
par exemple Girl's
Guide to Geek Guys).
Si vous voulez devenir un hacker parce que vous n'avez pas
de vie privée, pas de problème : au moins il n'y aura rien
pour vous empêcher de vous concentrer. Et vous finirez peut-être
par en avoir une un jour.
Style de vie
Encore une fois, pour être un hacker, il faut entrer dans
l'état d'esprit du hacker. Pour cela, il y a quelques activités
que l'on pratique loin d'un ordinateur qui semblent aider.
Ce ne sont évidemment pas des substituts à la pratique de
l'informatique, mais de nombreux hackers les pratiquent, et
pensent qu'elles sont reliées de façon fondamentale à l'essence
du hack.
- Lire de la science-fiction. Aller à des conventions de
SF (un bon moyen pour rencontrer des hackers et des proto-hackers);
- Pratiquer le Zen et/ou les arts martiaux (pour la discipline
mentale);
- Ecouter et analyser de la musique, apprendre à apprécier
des formes particulières de musique. Apprendre à bien jouer
d'un instrument, ou à chanter;
- Apprécier les jeux de mot;
- Apprendre à bien écrire dans sa langue maternelle.
Plus vous pratiquez ces disciplines, plus il est probable
que vous pourrez naturellement faire un bon hacker. Les raisons
pour lesquelles ces activités sont importantes ne sont pas
claires, mais il semble que ce soit parce qu'elles font intervenir
à la fois les parties gauche et droite du cortex (les hackers
ont besoin de passer de façon instantanée d'un raisonnement
logique à une perception plus subjective d'un problème).
Pour finir, une liste de choses à ne pas faire:
- Ne pas utiliser des noms de pseudos grandiloquents ou
stupides;
- Ne pas intervenir dans les flame wars [guerres au lance-flamme]
dans les newsgroups Usenet ou ailleurs;
- Ne pas s'autoproclamer "cyberpunk'', et ne pas perdre
son temps avec quelqu'un qui le fait;
- Ne pas poster de message rempli de fautes d'orthographe
ou de grammaire.
La seule réputation que vous vous ferez de cette façon est
celle d'un parfait idiot. Les hackers ont la mémoire longue.
Cela pourra vous prendre plusieurs années avant que de telles
erreurs soient oubliées.
Autres ressources
Le Loginataka
[en anglais, NDT] parle un peu de l'entraînement et de l'attitude
du hacker Unix.
J'ai également écrit A
Brief History Of Hackerdom [Une brève histoire de la culture
des hackers, NDT].
J'ai écris un papier, The Cathedral and the Bazaar,
qui explique comment fonctionne la culture de Linux. Voir
la page
de mes écrits.
Foire Aux Questions
Q: Est-ce que pouvez m'apprendre à hacker?
Depuis que j'ai publié cette page, je reçois plusieurs demandes
par semaine de gens qui me demandent "apprenez-moi tout
sur le hack''. Malheureusement, je n'ai ni le temps, ni l'énergie
pour cela. Mes propres projets de hacks m'occupent déjà à
110%.
Et même si je le faisais, être un hacker est une attitude
et une compétence que l'on doit essentiellement apprendre
par soi-même. Vous verrez que même si les vrais hackers sont
prêts à vous aider, ils ne vous respecteront pas si vous les
suppliez de vous transmettre tout ce qu'ils savent à la petite
cuillère.
Commencez par apprendre deux ou trois choses. Montrez que
vous essayez, que vous êtes capable d'apprendre par vous-même.
Ensuite, vous pourrez aller voir les hacker avec des questions.
Q: Où puis-je trouver des vrais hackers pour discuter
avec eux?
Sûrement pas sur IRC, en tout cas. Il n'y a que des flammeurs
et des crackers, à perte de vue. Le mieux est de contacter
un groupe local d'utilisateurs d'Unix ou de Linux et d'aller
à leurs réunions (on peut en trouver une liste sur la page
Linux
Users' Group de Sunsite).
Q: Quel langage dois-je apprendre en premier?
HTML, si vous ne le connaissez pas déjà. On trouve plein
de livres à la couverture brillante et chamarrée sur HTML,
qui sont par ailleurs très mauvais, et très peu de bons. Celui
que je préfère est HTML:
The Definitive Guide. [En français, on trouvera une bonne
introduction (non technique) dans l'article du micro-bulletin
Concevoir
et faire vivre des sites Web, NDT.]
Si vous voulez commencer à programmer, je vous conseille
de commencer par Perl
ou par Python.
Le C est vraiment important, mais beaucoup plus difficile.
Q: Par où dois-je commencer? où puis-je trouver
un Unix libre?
J'ai inclus ailleurs dans cette page des pointeurs sur comment
obtenir linux. Pour devenir un hacker, il vous faut de la
motivation, le sens de l'initiative et la capacité à apprendre
par vous-même. Alors, c'est le moment ou jamais...

LIEN UTILE :

- Version
originale de ce document (en anglais)
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